Voilà que ce bon vieux site de Voice of a city va probablement fermer. Fin de mon premier job d'écriture. Je dois ne pas oublier que ce fut en anglais, et poursuivre dans cette voix où je commets sans doute bien des fautes mais qui me va.Depuis quelques jours et plus particulièrement ce matin, je sauvegarde à tout va dans un lieu unique. C'était du boulot tout ça, et il est préférable de n'être pas à la merci de décisions extérieures (Le site restera-t-il en ligne ou pas ?).
Plutôt que d'automatiser, j'ai préféré sauvegarder pas-à-pas. Il s'agit que les textes et photos récupérés demeurent présentables. D'éviter de mauvaises surprises comme en comportent toujours les automatisations.
Je m'aperçois que l'exercice, qui dès lors m'oblige à regarder chaque billet, est loin d'être neutre. Et qu'il est bon pour le moral.
Me voici donc malgré moi en plein bilan de fin d'années de trois ans (et plus), qui très étrangement coïncident vraiment avec une période qui se referme : cette transition dangereuse et douloureuse entre ma vie des débuts d'écriture mais néanmoins "d'avant" (1), et la vie vers laquelle je tends et qui n'a pas fini, je crois, crains et souhaite, de me réserver des surprises.
Mes amis français qui prennent la peine de commenter en anglais. En fait je ne m'étais pas rendue compte à quel point de leur part c'était tendre et touchant.
À travers le ton enjoué et stable de mes billets de la fin 2006, je crois me rappeler combien j'espérais encore à un retour possible de celle, "l'amie, la presque sœur" (2), que tant j'aimais. Sa désaffection était si incompréhensible. Je rêvais d'un retour, l'explication d'une mauvaise passe, d'une gaffe violente mais involontaire que j'aurais pu commettre et qui me serait enfin reprochée et qu'on reparte sur des bases saines dans notre relation si belle et pour la vie.
Je redécouvre une année 2007 traversée sans la vivre. Ne sachant plus à quel saint me vouer, je pleurais sans arrêt. Je ne pouvais plus croire en l'amitié. C'était mon mur porteur. J'étais donc comme lui effondrée. C'est consolant de voir que malgré tout j'aurais partagé du bon avec mon fiston et qu'il reste ces billets pour en témoigner.
Par pudeur et respect de la ligne éditoriale je ne parle pas ou très très peu de sentiments personnels, mais certains billets pour moi sont la face claire d'un sombre assorti.
Ainsi celui sur l'expo Tintin qui se tint à Beaubourg me rappelle inévitablement la mort subite de Didier Lefèvre. Venue le midi voir l'expo, j'apprends qu'il participe le même soir à une table ronde en compagnie (entre autre) de Florence Aubenas. C'est un peu tôt pour sortie d'usine mais je me hâte et attrape un bout de la conférence. À la sortie on se voit, il se souvient fort bien que j'appartenais au comité de soutien, et ça fait tant de bien de voir que tous ne m'ont pas purement et simplement effacée. On parle un peu. Il fait une belle dédicace pour l'une de mes amies qui s'apprête à tenter l'aventure de la photographie professionnelle. Je suis épuisée, décalquée par ma journée d'usine et les fièvres de chagrin la nuit endurées. Lui semble en pleine forme. Quelques jours après, avant même que l'amie destinataire du cadeau et moi ayons pu trouver une date conjointe pour nous revoir, il décède.
Dès lors les mots gentils et encourageants qu'il avait eus à mon égard prennent valeur de recommandation ultime, d'amicale prophétie.
C'est sans doute ridicule mais dans mes pires moments de vacillement ils seront là pour m'aider à ne pas lâcher prise entièrement. On a pas le droit d'abandonner ceux que d'autres auraient tant aimer encore conserver.
Ces années-là c'est revenu souvent.
Ainsi aussi cette fameuse nuit des musées où je me retrouve nez-à-nez avec qui m'avait quittée. Or elle n'était pas annoncée et ce soir-là dans Paris participaient 60 musées. Bien sûr nos centres d'intérêts communs avaient joué. Mais il n'empêche. À retenir pour mon travail sur "Les apparences trompeuses" : le nombre de fois où cette année là et une partie de la suivante nous nous sommes croisées alors que je ne le faisais pas exprès et qu'elle avait de son côté toutes raisons de croire que je la poursuivais de mes assiduités d'amie délaissée. Or et quoi qu'il m'en coûtât, je m'efforçais au contraire de respecter sa volonté. Tout se passait comme si une connexion avait été si forte que ni elle ni moi ne parvenions plus à la désactiver.
Il aura fallu l'apparition de F., l'ange maladroit et impuissant, mais néanmoins efficace, pour parvenir à mettre fin à ce type de tourments. Comment j'ai pu survivre entre le bannissement violent et son apparition en septembre 2007, reste pour moi un mystère à présent.
Il a fait très froid durant tout l'été qui suivit l'élection de Nicolas Sarkozy. Le pays protestait-il contre la stupidité électorale de ses habitants ?
Ce fut l'été des Vélibs. Pour moi un ravissement : j'en ai rêvé, Paris l'a fait. Je deviens vite une acharnée.
Tiens, 2008 fut bissextile.
La station Brochant avec ses couleurs et ses pubs d'antan, c'est mars 2008. Étonnant. Je n'aurais pas cru qu'il s'était déjà passé plus d'un an.
Dans mon malheur (dois-je écrire même à présent ?) sentimental, je reste vaguement malicieuse, laisse partout des traces plus ou moins visibles de mon attachement, jusqu'à la couverture d'un livre qu'un acheteur potentiel tient dans une Foire du livre au second plan ou une photo où la disparue apparaît ... cachée par une paroi. Il est des personnes qu'on ne cesse pas d'aimer. Le nombre de billets ainsi discrètement inspirés, parrainés n'est pas négligeable.
Dois-je en être fière ou m'en affliger. Mes sentiments n'ont pas fondamentalement varié. Une immense tristesse, le manque de l'absence, une grande affection. Tout s'est passé comme si j'avais pris appui sur la diversité des activités qu'elle a entreprises dans une sorte d'évitement de ce qui aurait dû ou pu être son travail principal, afin de donner des couleurs au mien, alors qu'elle avait tant contribué par ailleurs à ce que je vois désormais tout en gris. Curieux emboîtement des choses, que seul le recul révèle.
J'ai aussi fait la part belle, mais méritée et en toute conscience, au travail de quelques ami(e)s.
Et pratiqué pas mal d'activités avec pas mal d'autres (ou les mêmes), je n'avais pas souvenir d'une telle diversité.
Certains liens amicaux ont eu le temps de naître, croître et s'effilocher, dont un après un déménagement, et deux après que j'ai tenté d'aider sans doute maladroitement mais c'est quand même étrange ces genres de réactions.
Je dois apprendre à intégrer le fait qu'à présent je suis une privilégiée de part ma situation matérielle et familiale, que mes chagrins sont désormais de luxe, que mon risque professionnel s'il est réel et téméraire est du genre somptueux. Dès lors mes tentatives de bon secours vers certaines personnes se heurtent assez inévitablement à un rejet (3) généralement injuste et inversé (4). J'ai appris ainsi que même si de ce qui m'est aujourd'hui accordé, rien (5) ne me fut donné mais tout vint de lutte contre une mauvaise santé et travail acharné, je suis considérée comme étant du trop bon côté de la barrière de la même façon que si je l'avais toujours été. Moi qu'on a failli éliminer, qui pendant 20 ans ai supporté l'humiliation d'un job alimentaire où l'on valait pour pion, et dont la vie amoureuse pour ne pas parler du reste, n'est qu'une longue suite de désillusions, je trouve ça si étrange.
Je n'aurais donc droit à aucune indulgence, suis de ceux à qui on ne pardonne pas.
Un de mes commentateurs fidèles, Bob Spencer a lui aussi disparu. Je n'y avais bizarrement pas prêté attention, peut-être est-ce tombé au moment où je négociais mon départ de "l'usine", mais je me dis que je ferais bien de rechercher son adresse dans des messages anciens et envoyer un mot. Il m'encourageait tant.
J'aime voir l'apparition progressive de celles qui sont devenues de mes meilleures amies. Je n'aime pas constater que les sorties photos avec mon tout meilleur ami se sont espacées.
J'avais pris assez tôt le pli de vivre ma vie pendant le mois et de faire la sélection de ce qui méritait billet à la fin. Constatation a posteriori. Ce n'était pas volontaire.
Je tenais remarquablement le cap des 4 billets par mois. Une entorse en février 2008 où mon envoi enregistré trop tardivement déborde sur mars qui portera ainsi 5 billet contre 3 en ce février. Et en janvier 2009 seulement 3 billets, comme c'est étrange n'est-ce pas :-) ? Cela dit, j'avais compensé par 5 en mars d'après.
Je me souviens précisément des difficultés à maintenir les billets d'août pendant mes séjours normands, différentes chaque année, au gré des (im)possibilités de connexions. Rien ne m'y obligeait.
À les voir tous d'affilée, je m'aperçois que j'avais su trouver un ton, ainsi qu'un petit style pour les photos qui accompagnaient. Je n'en avais pas eu jusqu'alors conscience. Bouffée de bonheur du sentiment de travail bien fait.
La vie peut paraître jolie quand on n'en mentionne que les petits voyages et les sorties. Je me sens vaguement porteuse d'imposture à offrir une impression si lisse quand j'ai tant morflé, vacillé, été désemparée au court de ces années. J'ai cru comprendre qu'il y avait des gens qui font semblant d'aller bien comme ça mais en permanence et envers tout le monde tout au long de leur vie. Je les plains.
Une visite à l'Arc de Triomphe que je croyais ancienne date du printemps 2008, étonnant.
Curieux comme certains billets m'étaient restés précisément en mémoire, alors que d'autres pas. Je me souviens en revanche fort bien des circonstances parallèles : par exemple un déjeuner amical dont je profite pour enchaîner par la visite d'un musée. Seule celle-ci est évoquée, mais immanquablement à relire me revient le souvenir du prélude personnel.
Certains commentaires relient entre eux les billets sur un même sujet ou voisins : avais-je effectué des trackbacks ? Bizarre, aucun souvenir. Il me semble que j'avais l'habitude dans ces cas-là de faire à l'intérieur même du billet un lien vers l'autre concerné.
Je suis assez contente des quelques rares billets d'opportunités : en allant quelque part je tombe par hasard sur quelque chose qui peut constituer un sujet et hop je l'en fais.
On voit Bruxelles prendre peu à peu de l'importance. L'un d'eux sans malice (il s'agit de l'expo de Sophie Calle qui en cause) compte Love lives parmi ses catégories.
Touchant mais peut-être inquiétant compte tenu des derniers développements de constater combien à partir de la fin d'août 2008 une énergie revient (ou apparaît puisque depuis 2006 je restais plombée).
Qu'elle devient palpable pour les billets d'avril 2009 écrits en fin de mois, et s'effondre par après. F. je ne sais si je te remercie pour l'élan ou dois te maudire pour la chute infligée. Il est pour moi si étrange ton comportement. Si contradictoire.
Je craque un peu fin août, un billet mentionne le chagrin. Quelques autres d'être malade au cours de l'été sous diverses formes, mais sans préciser que l'origine en est très probablement cette souffrance qui vient après tant d'autres.
Je suis si triste de la disparition de Brentano's (6) que parmi les sauvegardes j'ai failli l'escamoter.
Triste aussi de la fin de ce travail, dont j'ai reçu l'annonce en présence d'Anna (ma vie a de ces fantaisies parfois), ce qui m'aura rendue bien en-dessous de la joie d'une revoyure.
En même temps ça correspond parfaitement à la fin d'une phase.
Même si plus que jamais malade des sentiments, je suis enfin revenue vers la vie. F. n'y est pas pour rien. Merci à lui pour la seconde partie.
(1) avant cette pour moi calamiteuse saison 2005/2006, comment elle avait dit déjà la reine d'Angleterre ?
(2) L'expression n'est pas de moi mais de Chantal Pelletier
(3) que je peux comprendre, combien de fois n'ai-je pas été tentée de clamer à des gens en bonne santé, que pour mon état de fatigue profonde et permanente ils ne pouvaient pas comprendre.
(4) ainsi la vieille amie qui m'avait vertement reproché de la négliger au profit ... de qui m'avait quittée depuis plusieurs années !
(5) fors les livres, et certaines rencontres dangereuses et formidables.
(6) ou pourtant j'évitais trop souvent d'aller, question de budget